Sans financement, sans avenir : comment l’ONU pourrait cesser ses activités et bouleverser le monde


Arriérés records, retraits de grandes puissances et coupes massives : la crise budgétaire de l’ONU menace l’équilibre mondial.

par Eric Hightower

New York

L’Organisation des Nations unies traverse l’une des crises financières les plus graves de son histoire. En effet, à la fin de l’année 2025, les arriérés de paiement des États membres ont atteint un niveau inédit, dépassant largement le milliard et demi de dollars. Cependant, cette situation ne relève pas d’un simple accident comptable. Elle résulte de choix politiques assumés par plusieurs grandes puissances, combinés à un système de financement structurellement fragile. Ainsi, le risque de cessation partielle, voire généralisée, d’activités onusiennes n’est plus théorique. Par conséquent, les conséquences potentielles dépassent largement le siège de New York et touchent directement la paix, la sécurité, la santé et l’aide humanitaire dans le monde entier.

Une alerte sans précédent au sommet de l’ONU

Fin janvier 2026, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a employé des mots rarement entendus à ce niveau de responsabilité. En effet, il a évoqué un « risque imminent d’effondrement financier » de l’organisation. Cette déclaration, rapportée notamment par Reuters et Euronews, n’a rien d’une formule dramatique. Elle s’appuie sur des chiffres précis et vérifiables.

À cette date, plus de 1,56 milliard de dollars de contributions obligatoires n’avaient pas été versés. De plus, ces impayés concernent à la fois le budget ordinaire de l’ONU et celui des opérations de maintien de la paix. Ainsi, l’organisation se retrouve contrainte de fonctionner sans liquidités suffisantes, tout en devant maintenir des missions essentielles sur plusieurs continents.

Un système de financement vulnérable par nature

Le financement de l’ONU repose sur un mécanisme hybride. D’une part, les États membres s’engagent à verser des contributions obligatoires, calculées selon leur richesse nationale. D’autre part, une large part des activités dépend de contributions volontaires. Cependant, ce système rend l’organisation extrêmement sensible aux décisions politiques des grands contributeurs.

Contrairement à un État souverain, l’ONU ne peut ni lever l’impôt ni emprunter librement sur les marchés. Par conséquent, lorsque des États retardent ou suspendent leurs paiements, l’organisation n’a que peu de leviers. Elle est alors contrainte de geler des recrutements, de retarder des opérations, ou de réduire des programmes vitaux.

Le rôle central des grandes puissances dans la crise actuelle

Parmi les États en défaut de paiement, les États-Unis occupent une place déterminante. Historiquement, Washington finance environ 22 % du budget ordinaire de l’ONU et près de 26 % du budget des opérations de maintien de la paix. Or, ces dernières années, les retards et blocages se sont accumulés.

Selon plusieurs sources concordantes, les États-Unis doivent plusieurs milliards de dollars à l’organisation, toutes contributions confondues. Cette situation résulte de décisions budgétaires internes, mais aussi d’une volonté politique de réduire l’engagement multilatéral. Toutefois, les États-Unis ne sont pas les seuls en cause. D’autres pays influents, dont la Chine, la Russie ou encore certains États du Golfe, ont également retardé ou modulé leurs paiements.

Une crise budgétaire déjà visible dans les chiffres

Les conséquences financières de ces impayés sont déjà tangibles. En 2026, le budget ordinaire de l’ONU s’établit autour de 3,24 milliards de dollars, soit une baisse significative par rapport à l’année précédente. De plus, cette réduction intervient alors que les besoins augmentent, notamment en raison des crises humanitaires et sécuritaires multiples.

Pour faire face, le Secrétariat a mis en œuvre des mesures d’austérité drastiques. Des milliers de postes sont menacés, notamment dans les services administratifs et les bureaux régionaux. Certaines estimations évoquent des réductions d’effectifs pouvant atteindre 20 % dans certaines structures centrales. Ainsi, la capacité opérationnelle de l’organisation est directement affectée.

Les opérations de maintien de la paix en première ligne

Les missions de maintien de la paix figurent parmi les premières victimes de cette crise. En effet, ces opérations, déployées dans des zones de conflit actif, nécessitent des financements constants et prévisibles. Or, les arriérés de paiement compliquent la logistique, le paiement des contingents et la rotation des personnels.

Sans financement suffisant, certaines missions pourraient être réduites ou reconfigurées. Dans les cas les plus extrêmes, des retraits partiels pourraient intervenir. Par conséquent, des régions déjà fragiles risqueraient de se retrouver sans médiation internationale, ni protection minimale des civils. L’impact sur la stabilité régionale serait immédiat.

Un choc majeur pour l’action humanitaire mondiale

Au-delà de la sécurité, l’aide humanitaire est gravement menacée. De nombreuses agences onusiennes dépendent fortement des contributions volontaires, souvent fournies par les mêmes grandes puissances aujourd’hui en retrait. Ainsi, la baisse des financements se traduit par des coupes directes dans l’assistance aux populations vulnérables.

Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, par exemple, a déjà annoncé des réductions de personnel et la fermeture de certaines opérations. Des millions de réfugiés pourraient perdre l’accès à des services essentiels. De même, les programmes alimentaires et sanitaires sont contraints de prioriser, laissant certaines crises sans réponse adéquate.

Santé mondiale : des effets en chaîne préoccupants

La crise financière touche également la santé publique internationale. Plusieurs programmes coordonnés par l’ONU jouent un rôle central dans la lutte contre les pandémies, le VIH/sida ou encore la malnutrition. Or, la réduction des financements compromet ces efforts de long terme.

Lorsque les budgets sont amputés, les campagnes de prévention sont ralenties. Les systèmes de surveillance épidémiologique perdent en efficacité. Par conséquent, les risques sanitaires augmentent, y compris pour les pays donateurs eux-mêmes. Cette réalité souligne le caractère profondément interconnecté des enjeux globaux.

Développement durable : un agenda fragilisé

L’Agenda 2030 pour le développement durable repose sur une coordination internationale soutenue. Cependant, sans moyens financiers suffisants, cette coordination devient largement théorique. Les Objectifs de développement durable, déjà en retard dans de nombreuses régions, risquent de devenir inatteignables.

De plus, la réduction des capacités onusiennes affaiblit l’appui technique fourni aux États les plus pauvres. Ainsi, la crise budgétaire de l’ONU menace d’élargir encore les inégalités mondiales. Les pays en développement seraient les premiers touchés par un retrait progressif des programmes de soutien.

Une crise institutionnelle autant que financière

Au-delà des chiffres, la situation actuelle pose une question institutionnelle majeure. Peut-on confier la gestion des biens publics mondiaux à une organisation dépendante du bon vouloir politique de quelques États ? Cette interrogation traverse désormais les débats diplomatiques.

Antonio Guterres a plaidé pour une réforme du système de financement, évoquant notamment des mécanismes plus prévisibles et pluriannuels. Cependant, ces propositions se heurtent à des résistances politiques. Certains États voient dans la crise actuelle un levier pour redéfinir le rôle même de l’ONU.

Le multilatéralisme remis en cause

La crise financière de l’ONU s’inscrit dans un contexte plus large de remise en cause du multilatéralisme. Depuis plusieurs années, certaines grandes puissances privilégient des approches unilatérales ou bilatérales. Elles considèrent les organisations internationales comme coûteuses et contraignantes.

Cependant, ce désengagement a un prix. En affaiblissant l’ONU, ces États affaiblissent aussi les mécanismes de coopération qui ont permis d’éviter de nombreuses crises majeures depuis la Seconde Guerre mondiale. Ainsi, la crise budgétaire actuelle reflète une crise de confiance plus profonde.

Des conséquences géopolitiques à long terme

Si l’ONU devait réduire drastiquement ses activités, l’équilibre géopolitique mondial serait profondément modifié, tandis que Les espaces laissés vacants seront occupés par des acteurs régionaux ou des puissances rivales. Cette recomposition se ferait sans cadre multilatéral clair.

Par conséquent, les conflits risqueraient de devenir plus fréquents et plus violents. L’absence d’arbitre international crédible compliquerait la résolution des crises. À terme, la sécurité collective serait remplacée par une logique de rapports de force bruts.

Contexte

Créée en 1945, l’Organisation des Nations unies avait pour mission première de préserver la paix et de favoriser la coopération internationale. Pendant des décennies, elle a joué un rôle central dans la gestion des crises mondiales. Toutefois, son modèle de financement est resté largement inchangé.

Les crises successives, l’augmentation des missions et la politisation des contributions ont progressivement fragilisé l’institution. La situation actuelle représente l’aboutissement de ces tensions accumulées.

Impact & perspectives

À court terme, l’ONU devra continuer à fonctionner en mode dégradé, avec des priorités strictes et des coupes douloureuses. À moyen terme, une réforme du financement apparaît indispensable pour éviter des crises récurrentes. Enfin, à long terme, le choix est clair : soit les États membres réinvestissent le multilatéralisme, soit l’ONU se transforme en une institution symbolique, privée de moyens réels.

Pour les citoyens du monde, l’enjeu est considérable. Une ONU affaiblie signifie moins de prévention des conflits, moins d’aide humanitaire et moins de coordination face aux défis globaux. Ainsi, la crise budgétaire actuelle n’est pas un problème interne. Elle concerne directement l’avenir de la gouvernance mondiale.


Par Eric Hightower
Chroniqueur, Analyste géopolitique & éditorialiste
Pour – Fiable Actus


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