Depuis la fin décembre 2025, l’Iran est secoué par une vague de manifestations d’une ampleur rare. Née d’une crise économique sévère, la contestation a rapidement pris une dimension politique, mettant directement en cause la légitimité de la République islamique. Malgré une répression intense et un blackout numérique total, la colère populaire ne faiblit pas.

TÉHÉRAN — Depuis la fin décembre 2025, l’Iran est le théâtre d’un vaste mouvement de protestation contre une crise économique et sociale profonde, qui s’est transformé en défi direct à la République islamique. Ce qui avait commencé comme un soulèvement de commerçants excédés par l’effondrement du rial et la flambée des prix s’est étendu à l’ensemble du pays, révélant une colère plus générale contre le pouvoir politique et sa gestion du pays. Les manifestations rencontrent une répression sévère, tandis que le régime tente d’étouffer l’insurrection par des moyens technologiques et policiers.
Une crise économique devenue contestation nationale
Au cœur du mouvement, l’effondrement du pouvoir d’achat et de la monnaie nationale a servi de déclencheur. À Téhéran, les commerçants du Grand Bazar, traditionnel baromètre du mécontentement populaire, ont fermé leurs boutiques fin décembre, exaspérés par la dépréciation du rial et la hausse continue du coût de la vie. Ces premiers actes de révolte ont rapidement inspiré des mouvements similaires dans les grandes métropoles comme Ispahan, Chiraz, Machhad et des dizaines d’autres villes de province, confirmant une colère sociale qui dépasse largement le cadre économique.
De revendications sociales à un défi politique ouvert

Au départ largement axées sur des revendications économiques — stabilisation de la monnaie, baisse des prix alimentaires —, les protestations ont progressivement adopté un tour politique plus explicite : des slogans appelant à la liberté, à la fin de la gouvernance religieuse, jusqu’à des chants en faveur de figures historiques comme l’exilé Reza Pahlavi, héritier symbolique de l’ancienne monarchie. Cette transition reflète l’ampleur de l’insatisfaction : au-delà des facteurs de subsistance immédiats, une partie de la population cherche maintenant à remettre en question la légitimité du système politique lui-même.
Répression, blackout numérique et inquiétudes internationales
La réaction de l’État iranien a été brutale et systémique. Dans un premier temps, les forces de sécurité ont eu recours à des gaz lacrymogènes, à des tirs réels et à des arrestations massives pour disperser les cortèges. Des dizaines de personnes — manifestants civils mais aussi quelques membres des forces de l’ordre — ont été tuées lors d’affrontements. Les bilans varient selon les sources, mais dépassent les 35 morts et plus d’un millier d’arrestations à l’échelle nationale. Parmi les victimes figure Saghar Etemadi, une jeune femme de 22 ans tuée lors des manifestations. Sa mort a ravivé de douloureux souvenirs des mouvements précédents et a été comparée à la figure emblématique de Mahsa Amini en 2022.
Blackout numérique et contrôle de l’information
Pour tenter d’endiguer l’élan de contestation, le régime a franchi une étape supplémentaire le 8 janvier 2026. Les autorités ont procédé à une coupure totale de l’internet et des réseaux téléphoniques à l’échelle nationale. Cette mesure vise à isoler les manifestants, à limiter la circulation de l’information indépendante et à freiner la coordination des protestations. Des services de surveillance comme NetBlocks ont confirmé une réduction drastique de l’accès à Internet dans plusieurs grandes villes. Parallèlement, les autorités multiplient les restrictions techniques afin de renforcer le contrôle des communications.
Un mouvement inscrit dans une longue tradition de contestation
Le mouvement iranien actuel s’inscrit dans une longue histoire de contestations internes qui ont marqué la République islamique depuis sa création. Des manifestations étudiantes à la révolte dite « Femmes, Vie, Liberté » de 2022-2023, l’Iran a régulièrement connu des vagues de protestations. Celles-ci dénoncent la corruption, les atteintes aux libertés civiques et les difficultés économiques persistantes. Toutefois, la combinaison actuelle d’une crise économique profonde, d’une fracture politique et d’une mobilisation populaire sans leadership centralisé constitue une menace directe pour la stabilité de l’État. (AP News)
Un avenir politique encore incertain
Alors que le mouvement entre dans sa deuxième semaine, plusieurs questions restent ouvertes. La capacité du régime à maintenir son contrôle par la force seule demeure incertaine, tandis que la frustration sociale continue de s’approfondir. De leur côté, les manifestants apparaissent déterminés, mais restent dépourvus d’une organisation unifiée. Cette absence complique la transformation de la colère populaire en projet politique cohérent. Au-delà de l’urgence économique, un rejet profond du statu quo politique s’exprime dans les rues. Un tournant possible de l’histoire moderne du pays pourrait se dessiner, à mesure que la population teste les limites de son endurance face à un système autocratique fragilisé.
Une contestation persistante malgré la répression
À retenir : Un vaste mouvement de protestation, déclenché par une crise économique aiguë, a pris une dimension politique en Iran fin 2025 et début 2026. Malgré une répression croissante et un blackout numérique, la colère populaire persiste. Elle révèle une défiance profonde envers la gouvernance théocratique, dans un contexte régional déjà tendu.
Ce blackout numérique s’ajoute à une répression physique accrue. Des arrestations arbitraires visent militants et manifestants. Les médias indépendants subissent de fortes pressions. Des perquisitions ont également lieu dans des hôpitaux afin d’empêcher la documentation des violences. Les dirigeants proches du pouvoir, dont le Guide suprême Ali Khamenei, qualifient les manifestants de « perturbateurs » ou d’instruments de puissances étrangères. Cette stratégie vise à délégitimer le mouvement auprès de la population et de la communauté internationale. (AP News)
Réactions internationales et limites diplomatiques
Sur la scène internationale, les réactions restent mitigées mais préoccupées. Plusieurs gouvernements occidentaux ont exprimé leur inquiétude face à l’usage disproportionné de la force. Certains responsables étrangers ont mis en garde le régime contre une escalade violente. Ces prises de position n’ont toutefois pas eu d’effet direct sur le terrain. La question d’une implication internationale plus active demeure débattue. Des opposants iraniens en exil appellent à un soutien accru, notamment pour rétablir l’accès à l’information et accroître la pression diplomatique sur Téhéran.
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